{"id":231,"date":"2021-01-18T13:33:52","date_gmt":"2021-01-18T13:33:52","guid":{"rendered":"http:\/\/oisatwasat.local\/?p=231"},"modified":"2021-01-18T13:33:52","modified_gmt":"2021-01-18T13:33:52","slug":"le-president-macron-au-congres-de-versailles-2017","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/oisatwasat.org\/?p=231","title":{"rendered":"Le President Macron au congres de Versailles 2017"},"content":{"rendered":"\n<p>Emmanuel Macron a expos\u00e9&nbsp;ce lundi les grandes lignes de son quinquennat face au Congr\u00e8s, r\u00e9uni \u00e0 Versailles. Voici son discours tel que l&rsquo;Elys\u00e9e l&rsquo;a fourni<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\" id=\"system-readmore\"\/>\n\n\n\n<p>En son article 18, la Constitution permet au Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique de prendre la parole devant le Parlement r\u00e9uni \u00e0 cet effet en congr\u00e8s. Il est des heures qui, de cette possibilit\u00e9, font une n\u00e9cessit\u00e9. Les heures que nous vivons sont de celles-l\u00e0. Le 7 mai dernier, les Fran\u00e7ais m\u2019ont confi\u00e9 un mandat clair. Le 18 juin, ils en ont amplifi\u00e9 la force en \u00e9lisant \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale une large majorit\u00e9 parlementaire. Je veux aujourd\u2019hui vous parler du mandat que le peuple nous a donn\u00e9, des institutions que je veux changer et des principes d\u2019actions que j\u2019entends suivre.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>*<\/p><p>I. Ce sont mille chemins diff\u00e9rents qui nous ont conduits ici aujourd\u2019hui, vous et moi, anim\u00e9s par le m\u00eame d\u00e9sir de servir. Et m\u00eame si ce d\u00e9sir n\u2019a pas le m\u00eame visage, pas la m\u00eame forme, m\u00eame s\u2019il n\u2019emporte pas les m\u00eames cons\u00e9quences, nous en&nbsp;connaissons vous et moi la source&nbsp;: le simple amour de la patrie. Certains font de la politique depuis longtemps&nbsp;; pour d\u2019autres, au nombre desquels je me range, c\u2019est loin d\u2019\u00eatre le cas. Vous soutiendrez ou vous combattrez, selon vos convictions, le gouvernement que j\u2019ai nomm\u00e9. Mais \u00e0 la fin nous savons tous que quelque chose de tr\u00e8s profond nous r\u00e9unit, nous anime et nous engage. Oui, le simple amour de la patrie &#8211; que celle-ci s\u2019incarne dans la solitude des collines de Haute Provence ou des Ardennes, dans la tristesse des grands ensembles o\u00f9 une partie de notre jeunesse s\u2019ab\u00eeme, dans la campagne parfois dure \u00e0 vivre et \u00e0 travailler, dans les d\u00e9serts industriels, mais aussi dans la gaiet\u00e9 surprenante des commencements. De cet amour nous tirons tous, je crois, la m\u00eame impatience, qui est une impatience d\u2019agir. Elle prend parfois les traits de l\u2019optimisme volontaire, d\u2019autres fois ceux d\u2019une col\u00e8re sinc\u00e8re. Toujours elle d\u00e9coule de cette m\u00eame origine. Nous avons, vous et moi, re\u00e7u le mandat du peuple. Qu\u2019il nous ait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 par la nation enti\u00e8re ou par les \u00e9lecteurs d\u2019une circonscription, ne change rien \u00e0 sa force. Qu\u2019il ait \u00e9t\u00e9 port\u00e9 par le suffrage direct ou par le suffrage indirect ne change rien \u00e0 sa nature. Qu\u2019il ait \u00e9t\u00e9 obtenu voici un certain temps d\u00e9j\u00e0, ou bien r\u00e9cemment \u00e0 l\u2019issue d\u2019une&nbsp;campagne o\u00f9 toutes les opinions ont pu s\u2019exprimer dans leur diversit\u00e9, et que vous incarniez ces opinions diff\u00e9rentes, ne change rien \u00e0 l\u2019obligation collective qui p\u00e8se sur nous. Cette obligation est celle d\u2019une transformation r\u00e9solue et profonde, tranchant avec les ann\u00e9es immobiles ou avec les ann\u00e9es agit\u00e9es \u2013 toutes au r\u00e9sultat \u00e9galement d\u00e9cevant. C\u2019est par cette voie que nous retrouverons ce qui nous a tant manqu\u00e9, la confiance en nous, la force n\u00e9cessaire pour accomplir nos id\u00e9aux. Ce qui nous est demand\u00e9 par le peuple fran\u00e7ais, c\u2019est de renouer avec l\u2019esprit de conqu\u00eate qui l\u2019a fait, pour enfin le r\u00e9concilier avec lui-m\u00eame. En vous \u00e9lisant, dans votre nouveaut\u00e9 radicale, \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale, le peuple fran\u00e7ais a montr\u00e9 son impatience \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ce monde politique fait de querelles st\u00e9riles et d\u2019ambitions creuses o\u00f9 nous avions v\u00e9cu jusqu\u2019alors. C\u2019est \u00e0 une mani\u00e8re de voir la politique qu\u2019il a donn\u00e9 cong\u00e9. En accordant leur confiance \u00e0 des femmes et des hommes nouveaux, les Fran\u00e7ais ont exprim\u00e9 une imp\u00e9rieuse attente, la volont\u00e9 d\u2019une alternance profonde. Je suis s\u00fbr que vous en \u00eates tous aussi conscients que moi. Et je sais bien, aussi, que les s\u00e9nateurs en ont une pleine conscience, bien que leur \u00e9lection soit plus ancienne, parce qu\u2019ils ont per\u00e7u, eux si attentifs par nature aux mouvements du temps, les espoirs nouveaux que l\u2019expression du suffrage universel direct a fait na\u00eetre. Etre fid\u00e8le \u00e0 ce que le peuple fran\u00e7ais a voulu suppose donc une certaine forme d\u2019asc\u00e8se, une exigence renforc\u00e9e, une dignit\u00e9 particuli\u00e8re. Les mauvaises habitudes reviennent vite. Marqu\u00e9s par une \u00e9poque de cynisme, de d\u00e9couragement, et j\u2019ose le dire de platitude, nombreux encore sont ceux qui sp\u00e9culent sur un \u00e9chec qui justifierait leur scepticisme. Il vous appartiendra, il nous appartiendra de les d\u00e9mentir. Et il nous appartiendra aussi de convaincre tous ceux qui attendent, qui nous font confiance du bout des l\u00e8vres, tous ceux qui n\u2019ont pas vot\u00e9. Tous ceux aussi que la col\u00e8re et le d\u00e9go\u00fbt devant l\u2019inefficacit\u00e9 de leurs dirigeants politiques ont conduit vers des choix extr\u00eames, d\u2019un bord ou de l\u2019autre de l\u2019\u00e9chiquier politique, et qui sont des choix dont la France, dans sa grandeur comme dans son bonheur, n\u2019a rien \u00e0 attendre. Ce mandat du peuple que nous avons re\u00e7u, quel est-il exactement? Pour le savoir, il faut sortir de ce climat de faux proc\u00e8s o\u00f9 le d\u00e9bat public nous a enferm\u00e9s trop longtemps. Il nous faut retrouver de l\u2019air, de la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, de l\u2019allant. Il y faut un effort parce que ces faux proc\u00e8s sont nombreux. S\u2019agit-il de r\u00e9former le droit du travail, pour lib\u00e9rer, dynamiser l\u2019emploi au b\u00e9n\u00e9fice d\u2019abord de ceux qui n\u2019en ont pas? On&nbsp;nous dira qu\u2019il s\u2019agit d\u2019adapter la France aux cruaut\u00e9s de l\u2019univers mondialis\u00e9 ou de satisfaire au diktat de Bruxelles. S\u2019agit-il de r\u00e9duire nos d\u00e9penses publiques pour \u00e9viter \u00e0 nos enfants de payer le prix de nos renoncements? On nous dira que nous remettons en cause notre mod\u00e8le social. S\u2019agit-il de sortir de l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence&nbsp;? On nous dira d\u2019un c\u00f4t\u00e9 que nous laissons la France sans d\u00e9fense face au terrorisme, et de l\u2019autre que nous bradons nos libert\u00e9s. Eh bien, rien de tout cela n\u2019est vrai. Derri\u00e8re tous ces faux proc\u00e8s, on trouve le m\u00eame vice, le vice qui empoisonne depuis trop longtemps notre d\u00e9bat public&nbsp;: le d\u00e9ni de r\u00e9alit\u00e9, le refus de voir le r\u00e9el en face. L\u2019aveuglement face \u00e0 un \u00e9tat d\u2019urgence qui est autant \u00e9conomique et social que s\u00e9curitaire. L\u00e0-dessus, j\u2019ai toujours consid\u00e9r\u00e9 que le peuple fran\u00e7ais est plus sage et plus avis\u00e9 que beaucoup ne le croient. Si bien que je pense profond\u00e9ment que le mandat que nous avons re\u00e7u du peuple est un mandat \u00e0 la fois exigeant et profond\u00e9ment r\u00e9aliste, et que pour l\u2019accomplir nous devons nous placer au-del\u00e0 de la st\u00e9rilit\u00e9 de ces oppositions purement th\u00e9oriques et qui, si elles garantissent de beaux succ\u00e8s de tribune, n\u2019apportent rien. Notre premier devoir est tout \u00e0 la fois de retrouver le sens et la force d\u2019un projet ambitieux de transformation de notre pays et de rester arrim\u00e9s au r\u00e9el. De ne rien c\u00e9der au principe de plaisir, aux mots faciles, aux illusions pour regarder en face la r\u00e9alit\u00e9 de notre pays sous toutes ses formes. Ce mandat du peuple, donc, quel est-il?<\/p><p>A.<\/p><p>C\u2019est d\u2019abord le mandat de la souverainet\u00e9 de la nation. C\u2019est de pouvoir disposer de soi-m\u00eame, malgr\u00e9 les contraintes et les d\u00e9r\u00e8glements du monde. Voyons la r\u00e9alit\u00e9 en face. Les forces de l\u2019ali\u00e9nation sont extr\u00eamement puissantes. Ali\u00e9nation \u00e0 la nouvelle division du travail qui s\u2019esquisse dans un univers en transformation profonde, o\u00f9 le num\u00e9rique recompose des secteurs entiers de l\u2019\u00e9conomie, bouscule des \u00e9quilibres et des emplois. Ali\u00e9nation \u00e0 la mis\u00e8re, \u00e0 la pauvret\u00e9, ou m\u00eame seulement \u00e0 l\u2019insatisfaction, si nous ne permettons pas \u00e0 chacun de trouver un travail qui lui corresponde, qu\u2019il soit heureux d\u2019accomplir, une place et une dignit\u00e9 qui soit la sienne dans la soci\u00e9t\u00e9. Ali\u00e9nation \u00e0 la contrainte financi\u00e8re, si nous ne r\u00e9tablissons pas notre budget, si nous ne r\u00e9duisons pas notre dette publique. Ali\u00e9nation \u00e0 la volont\u00e9 d\u2019autres pays, dans l\u2019Europe comme au sein de nos alliances, si nous ne remettons pas nos affaires en ordre. Ali\u00e9nation \u00e0 la terreur islamiste, si nous ne trouvons pas le moyen de la d\u00e9truire sans rien lui c\u00e9der de nos valeurs, de nos principes. Ali\u00e9nation de notre&nbsp;avenir, si nous ne parvenons pas \u00e0 organiser la transition \u00e9cologique, \u00e0 prot\u00e9ger la plan\u00e8te. Ali\u00e9nation de notre vie dans ce qu\u2019elle a de plus quotidien, si les aliments que nous mangeons, l\u2019air que nous respirons, l\u2019eau que nous buvons, nous sont impos\u00e9s, et pour le pire, par les seules forces d\u2019une comp\u00e9tition internationale devenue anarchique. Je crois fermement que sur tous ces points, le peuple nous a donn\u00e9 le mandat de lui rendre sa pleine souverainet\u00e9.<\/p><p>B.<\/p><p>Mais c\u2019est aussi le mandat du projet progressiste, d\u2019un projet de changement et de transformation profonds. Nos concitoyens ont fait le choix d\u2019un pays qui se remette en marche. Ils l\u2019ont fait parce qu\u2019ils savent bien, parce que nous savons bien, que, dans un monde boulevers\u00e9 par des changements profonds, sans ce mouvement, sans cette \u00e9nergie cr\u00e9atrice la France n\u2019est pas la France. Ils savent, parce que cela a \u00e9t\u00e9 notre exp\u00e9rience commune de ces derni\u00e8res ann\u00e9es, qu\u2019une France arr\u00eat\u00e9e s\u2019affaisse, se divise, qu\u2019une France apeur\u00e9e, recroquevill\u00e9e et victime, s\u2019\u00e9puise en querelles st\u00e9riles et ne produit que du malheur, malheur individuel et malheur collectif. Elle est l\u00e0, notre mission historique. Cette mission, la mienne, celle du Gouvernement et la v\u00f4tre, n\u2019est pas d\u00e9volue \u00e0 un petit nombre. Elle est d\u00e9volue \u00e0 tous, chacun pour sa part. La&nbsp;France poss\u00e8de des tr\u00e9sors de cr\u00e9ativit\u00e9 et des ressources in\u00e9puisables. En disant cela je ne pense pas seulement \u00e0 nos m\u00e9dailles Fields, \u00e0 nos prix Nobel, aux grands artistes, aux grands chercheurs, aux cr\u00e9ateurs d\u2019entreprises, aux grands serviteurs de l\u2019Etat, civils et militaires. Je pense \u00e0 chaque Fran\u00e7aise, \u00e0 chaque Fran\u00e7ais, soucieux de bien faire et de mener une vie digne de lui. Elle est l\u00e0, la vraie richesse d\u2019un pays et le mandat qui nous est donn\u00e9, c\u2019est de cr\u00e9er de l\u2019unit\u00e9 o\u00f9 il y avait de la division. De redonner \u00e0 ceux qui sont exclus la simple dignit\u00e9 de l\u2019existence, leur juste place dans le projet national. De permettre \u00e0 ceux qui cr\u00e9ent, inventent, innovent, entreprennent, de r\u00e9aliser leurs projets. De rendre le pouvoir \u00e0 ceux qui veulent faire et font. Le mandat du peuple, ce n\u2019est pas d\u2019instaurer le gouvernement d\u2019une \u00e9lite pour elle-m\u00eame, c\u2019est de rendre au peuple cette dignit\u00e9 collective qui ne s\u2019accommode d\u2019aucune exclusion. Seulement voil\u00e0: jusqu\u2019ici, nous avons fait fausse route. Nous avons pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 les proc\u00e9dures aux r\u00e9sultats, le r\u00e8glement \u00e0 l\u2019initiative, la soci\u00e9t\u00e9 de la rente \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 de la justice. Et je crois profond\u00e9ment que par ses choix r\u00e9cents notre peuple nous demande d\u2019emprunter une voie radicalement nouvelle. Je refuse de choisir entre l\u2019ambition et l\u2019esprit de justice. Je refuse ce dogme que pour b\u00e2tir l\u2019\u00e9galit\u00e9 il faudrait renoncer \u00e0 l\u2019excellence, pas plus que pour r\u00e9ussir, il ne faut renoncer \u00e0 donner une place \u00e0 chacun. Le sel m\u00eame de notre R\u00e9publique est de savoir conjuguer ces exigences. De faire tout cela, en quelque sorte, \u00ab\u00a0en m\u00eame temps\u00a0\u00bb. Cette voie d\u00e9soriente tous ceux qui s\u2019\u00e9taient habitu\u00e9s \u00e0 faire carri\u00e8re sur les sch\u00e9mas anciens. Il en est ainsi \u00e0 chaque p\u00e9riode de renouveau et nous n\u2019avons pas \u00e0 nous en inqui\u00e9ter. Mais nous avons \u00e0 prendre la mesure des efforts que va nous imposer cette formidable soif de renouvellement dont nous sommes, vous et moi, les porteurs.<\/p><p>C.<\/p><p>Le mandat du peuple, c\u2019est aussi le mandat de la confiance et de la transparence. Nous sommes un vieux peuple politique. La politique est importante pour nous. Et c\u2019est parce qu\u2019elle l\u2019est que les Fran\u00e7ais avaient fini par s\u2019exasp\u00e9rer de voir l\u2019esp\u00e9rance confisqu\u00e9e par des professionnels.. Vous \u00eates aujourd\u2019hui, ici, l\u2019expression de ce d\u00e9sir de changement qu\u2019il nous est interdit de trahir. Et ce changement doit aussi porter sur les comportements. Il ne peut y avoir de r\u00e9forme sans confiance. Il ne peut y avoir de confiance si le monde politique continue d\u2019appara\u00eetre comme le monde des petits arrangements, \u00e0 mille lieues des pr\u00e9occupations des Fran\u00e7ais. La loi que le gouvernement proposera \u00e0 vos suffrages n\u2019a pas d\u2019autre but. Nous avons d\u00e9j\u00e0 chang\u00e9 depuis plusieurs ann\u00e9es et nous avons chang\u00e9 en bien. Nous avons cess\u00e9 de supporter ce qui&nbsp;semblait presque normal autrefois, l\u2019opacit\u00e9, le client\u00e9lisme, les conflits d\u2019int\u00e9r\u00eat, tout ce qui rel\u00e8ve de la corruption ordinaire, presque impalpable. Pour autant, nul n\u2019est irr\u00e9prochable. Car si l\u2019exigence doit \u00eatre constante, si nous sommes tous d\u00e9positaires de la dignit\u00e9 qui sied \u00e0 nos fonctions et chaque jour nous oblige, la perfection n\u2019existe pas. Oui, nous voulons une soci\u00e9t\u00e9 de la confiance. Pour cela une loi ne suffit pas. C\u2019est un comportement de chaque jour. Mais nous voulons aussi cette confiance parce que la soci\u00e9t\u00e9 de la d\u00e9lation et du soup\u00e7on g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s, qui \u00e9tait jusque-l\u00e0 la cons\u00e9quence de l\u2019impunit\u00e9 de quelques puissants, ne nous pla\u00eet pas davantage. La loi du gouvernement sera vot\u00e9e, je n\u2019en doute pas. Mais apr\u00e8s qu\u2019elle l\u2019aura \u00e9t\u00e9, j\u2019appelle \u00e0 la retenue, \u00e0 en finir avec cette recherche incessante du scandale, avec le viol permanent de la pr\u00e9somption d\u2019innocence, avec cette chasse \u00e0 l\u2019homme o\u00f9 parfois les r\u00e9putations sont d\u00e9truites, et o\u00f9 la reconnaissance de l\u2019innocence, des mois, des ann\u00e9es plus tard, ne fait pas le dixi\u00e8me du bruit qu\u2019avait fait la mise en accusation initiale. Cette fr\u00e9n\u00e9sie est indigne de nous et des principes de la R\u00e9publique.<\/p><p>D.<\/p><p>Le mandat du peuple, c\u2019est enfin le mandat de la fid\u00e9lit\u00e9 historique. Les Fran\u00e7ais demandent \u00e0 leur gouvernement de rester fid\u00e8le \u00e0 l\u2019histoire de la France. Encore faut-il s\u2019entendre&nbsp;sur le sens que l\u2019on donne \u00e0 ces mots. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, l\u2019histoire a \u00e9t\u00e9 prise en otage par le d\u00e9bat politique. Nous avons vu fleurir l\u2019histoire pro-coloniale et celle de la repentance, l\u2019histoire identitaire et l\u2019histoire multiculturelle, l\u2019histoire ferm\u00e9e et l\u2019histoire ouverte. Il n\u2019appartient pas aux pouvoirs, ex\u00e9cutif ou ou l\u00e9gislatif, de d\u00e9cr\u00e9ter le roman national, que l\u2019on veuille lui donner une forme \u00ab\u00a0r\u00e9actionnaire\u00a0\u00bb&nbsp;ou une forme \u00ab\u00a0progressiste\u00a0\u00bb. Cela ne signifie pas que l\u2019histoire de France n\u2019existe pas. Qu\u2019il ne faut pas en \u00eatre fier tout en regardant lucidement ses coins d\u2019ombres et ses bassesses. Mais pour nous, elle doit prendre la forme, non d\u2019un commentaire, mais d\u2019une action r\u00e9solue en faveur du meilleur. Parce que c\u2019est dans cette action que nous pouvons retrouver les grands exemples du pass\u00e9, nous en nourrir et les prolonger. Et \u00e0 la fin, nous aussi, nous aussi nous aurons fait l\u2019histoire, sans nous \u00eatre r\u00e9clam\u00e9s abusivement de ce qu\u2019elle pourrait \u00eatre, mais en gardant nos esprits et nos volont\u00e9s tendus vers le meilleur. C\u2019est ce que nous appelons le progressisme. Ce n\u2019est pas de penser que toute nouveaut\u00e9 est forc\u00e9ment bonne. Ce n\u2019est pas d\u2019\u00e9pouser toutes les modes du temps. C\u2019est, \u00e0 chaque moment, pas apr\u00e8s pas, de discerner ce qui doit \u00eatre amend\u00e9, corrig\u00e9, rectifi\u00e9, ce qui doit \u00eatre \u00e0 certains endroits plus profond\u00e9ment refond\u00e9, ce qui manque \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 pour devenir plus juste et plus efficace, ou, plus exactement, plus efficace parce que plus juste, plus juste parce que plus&nbsp;efficace. C\u2019est une \u00e9thique de l\u2019action et de la responsabilit\u00e9 partag\u00e9e. C\u2019est la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 notre histoire et \u00e0 notre projet r\u00e9publicain en acte. Car la R\u00e9publique, ce n\u2019est pas des lois fig\u00e9es, des principes abstraits. C\u2019est un id\u00e9al de libert\u00e9, d\u2019\u00e9galit\u00e9, de fraternit\u00e9, chaque jour resculpt\u00e9 et repens\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du r\u00e9el. L\u2019action politique n\u2019a de sens que si elle est accomplie au nom d\u2019une certaine id\u00e9e de l\u2019homme, de son destin, de sa valeur ind\u00e9passable et de sa grandeur. Cette id\u00e9e, la France la porte depuis longtemps. Rien d\u2019autre ne doit compter \u00e0 nos yeux. Ce n\u2019est pas la soci\u00e9t\u00e9 des entrepreneurs que nous voulons, ou la soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019\u00e9quilibre des finances publiques, ou la soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019innovation. Tout cela est bien, tout cela est utile. Mais ce ne sont que des instruments au service de la seule cause qui vaille, une cause \u00e0 laquelle le nom de la France est attach\u00e9 depuis bien longtemps. Et cette cause est la cause de l\u2019homme. Nous diff\u00e9rons entre nous, et ici m\u00eame, sur les moyens. Mais je suis s\u00fbr que nous ne diff\u00e9rons pas sur ce but, et le savoir, et nous le rappeler sans cesse, devrait rendre \u00e0 notre d\u00e9bat public cette dignit\u00e9 et cette grandeur, qui sur fond de tant d\u2019abandons et d\u2019\u00e9checs collectifs, lui ont cruellement manqu\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es.&nbsp;C\u2019est \u00e0 l\u2019aune de ce mandat du peuple que nous avons \u00e0 construire notre politique pour les cinq ans qui viennent. Vous l\u2019aurez compris, vous le savez d\u00e9j\u00e0, intimement, nous n\u2019avons pas devant nous cinq ans d\u2019ajustements et de demi-mesures. Les Fran\u00e7ais ne sont pas anim\u00e9s par une curiosit\u00e9 patiente, mais par une exigence intransigeante. C\u2019est la transformation profonde qu\u2019ils attendent. Qu\u2019ils esp\u00e8rent. Qu\u2019ils exigent. Ne la redoutons pas. Embrassons-la au contraire. La charte de notre action a \u00e9t\u00e9 fix\u00e9e durant la campagne et vous en connaissez les jalons, sur lesquels je ne reviendrai pas. Les engagements seront tenus. Les r\u00e9formes et ces transformations profondes auxquelles je me suis engag\u00e9 seront conduites. Le Premier ministre, Edouard Philippe, que j\u2019ai nomm\u00e9 afin qu\u2019il en soit le d\u00e9positaire \u00e0 la t\u00eate du gouvernement, en pr\u00e9sentera la mise en \u0153uvre dans son discours de politique g\u00e9n\u00e9rale.<\/p><p>II. Tout cela ne sera possible que si nous avons une R\u00e9publique forte. Il n\u2019est pas de R\u00e9publique forte sans institutions puissantes. N\u00e9es de temps troubl\u00e9s, nos institutions sont r\u00e9sistantes aux crises et aux turbulences. Elles ont d\u00e9montr\u00e9 leur solidit\u00e9. Mais comme toutes les institutions, elles sont aussi ce que les hommes en font. Depuis plusieurs d\u00e9cennies&nbsp;maintenant, l\u2019esprit qui les a fait na\u00eetre s\u2019est ab\u00eem\u00e9 au gr\u00e9 des renoncements et des mauvaises habitudes. En tant que garant du bon fonctionnement des pouvoirs publics, j\u2019agirai en suivant trois principes: l\u2019efficacit\u00e9, la repr\u00e9sentativit\u00e9, et la responsabilit\u00e9.<\/p><p>A.<\/p><p>Il faut du temps pour penser la loi. Du temps pour la concevoir, la discuter et la voter. Du temps aussi pour s\u2019assurer des bonnes conditions de son application. Souhaiter que nos institutions soient plus efficaces, ce n\u2019est donc pas sacrifier au culte de la vitesse, c\u2019est rendre la priorit\u00e9 au r\u00e9sultat. Sachons mettre un terme \u00e0 la prolif\u00e9ration l\u00e9gislative. Elle affaiblit la loi, qui perd dans l\u2019accumulation des textes une part de sa vigueur et, certainement, de son sens. Telles circonstances, tel impr\u00e9vu, telle nouveaut\u00e9 ne sauraient dicter le travail du l\u00e9gislateur. Car la loi n\u2019est pas faite pour accompagner servilement les petits pas de la vie de notre pays. Elle est faite pour en encadrer les tendances profondes, les \u00e9volutions importantes, les d\u00e9bats essentiels, et pour donner un cap. Elle accompagne de mani\u00e8re \u00e9vidente les d\u00e9buts d\u2019un mandat, mais l\u00e9gif\u00e9rer moins, c\u2019est consacrer plus d\u2019attention aux textes fondamentaux, \u00e0 ces lois venant r\u00e9pondre \u00e0 un vide&nbsp;juridique, venant \u00e9clairer une situation in\u00e9dite. C\u2019est cela, le r\u00f4le du Parlement. L\u00e9gif\u00e9rer moins, c\u2019est mieux allouer le temps parlementaire. C\u2019est, en particulier, r\u00e9server de ce temps au contr\u00f4le et \u00e0 l\u2019\u00e9valuation. Voter la loi ne saurait \u00eatre le premier et le dernier geste du Parlement. Nos soci\u00e9t\u00e9s sont devenues trop complexes et trop rapides pour qu\u2019un texte de loi produise ses pleins effets sans se heurter au principe de r\u00e9alit\u00e9. La voix des citoyens concern\u00e9s par les textes que vous votez ne saurait \u00eatre per\u00e7ue comme attentatoire \u00e0 la dignit\u00e9 l\u00e9gislative. Elle est la vie, elle est le r\u00e9el. Elle est ce pour quoi vous \u0153uvrez. Bien s\u2019assurer de la pertinence d\u2019une loi et de ses effets dans le temps pour la corriger ou y revenir est aujourd\u2019hui devenu une ardente obligation. Pour toutes ces raisons, je souhaite qu\u2019une \u00e9valuation compl\u00e8te de tous les textes importants, comme aujourd\u2019hui celles sur le dialogue social ou encore sur la lutte contre le terrorisme dont nous avons r\u00e9cemment jet\u00e9 les bases, soit men\u00e9e dans les deux ans suivant leur mise en application. Il est m\u00eame souhaitable qu\u2019on \u00e9value l\u2019utilit\u00e9 des lois plus anciennes afin d\u2019ouvrir la possibilit\u00e9 d\u2019abroger les lois qui auraient par le pass\u00e9 \u00e9t\u00e9 trop vite adopt\u00e9es, mal construites, ou dont l\u2019existence aujourd\u2019hui repr\u00e9senterait un frein \u00e0 la bonne marche de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise.&nbsp;Enfin, le rythme de conception des lois doit savoir r\u00e9pondre aux besoins de la soci\u00e9t\u00e9. Il est des situations d\u2019urgence que le rythme propre au travail parlementaire ne permet pas de traiter suffisamment vite. Songez \u00e0 l\u2019encadrement des pratiques issues du num\u00e9rique en mati\u00e8re de protection des droits d\u2019auteurs, de la vie priv\u00e9e de nos concitoyens ou de la s\u00e9curit\u00e9 nationale. Il faut qu\u2019au temps long du travail l\u00e9gislatif soit ajout\u00e9e la facult\u00e9 d\u2019agir vite. Ainsi, la navette pourrait \u00eatre simplifi\u00e9e. Je pense m\u00eame que vous devriez pouvoir, dans les cas les plus simples, voter la loi en commission. Tout cela doit \u00eatre s\u00e9rieusement \u00e9tudi\u00e9. Je n\u2019ignore rien des contraintes qui p\u00e8sent sur vous. Le manque de moyens, le manque d\u2019\u00e9quipes, le manque d\u2019espace contrarient en partie les imp\u00e9ratifs d\u2019efficacit\u00e9 que je vous soumets. Pour cela, il est une mesure depuis longtemps souhait\u00e9e par nos compatriotes qu\u2019il me semble indispensable de mettre en \u0153uvre&nbsp;: la r\u00e9duction du nombre des parlementaires. Un Parlement moins nombreux, mais renforc\u00e9 dans ses moyens, c\u2019est un Parlement o\u00f9 le travail devient plus fluide, o\u00f9 les parlementaires peuvent s\u2019entourer de collaborateurs mieux form\u00e9s et plus nombreux. C\u2019est un Parlement qui travaille mieux. C\u2019est pourquoi je proposerai une r\u00e9duction d\u2019un tiers du nombre de membres des trois assembl\u00e9es constitutionnelles. Je suis convaincu que cette mesure aura des effets favorables&nbsp;sur la qualit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale du travail parlementaire. Les Fran\u00e7ais, pour leur majeure partie, en sont \u00e9galement certains. Cette r\u00e9forme, qui devra \u00eatre conduite en veillant \u00e0 la juste repr\u00e9sentation de tous les territoires de la R\u00e9publique, n\u2019a pas pour but de nourrir l\u2019antiparlementarisme, au contraire. Elle vise \u00e0 donner aux \u00e9lus de la R\u00e9publique plus de moyens et plus de poids. Le devoir d\u2019efficacit\u00e9 ne saurait peser seulement sur le Parlement. L\u2019ex\u00e9cutif doit en prendre sa part. Et d\u2019abord, pr\u00e9cis\u00e9ment, vis-\u00e0- vis du Parlement. C\u2019est pourquoi j\u2019ai voulu vous r\u00e9server, et \u00e0 travers vous, aux Fran\u00e7ais, ma premi\u00e8re expression politique depuis mon \u00e9lection. Trop de mes pr\u00e9d\u00e9cesseurs se sont vu reprocher de n\u2019avoir pas fait la p\u00e9dagogie de leur action ni d\u2019avoir expos\u00e9 le cap de leur mandat. Trop d\u2019entre eux aussi ont pris des initiatives dont le Parlement n\u2019\u00e9tait que secondairement inform\u00e9 pour que je me satisfasse d\u2019en reconduire la m\u00e9thode. Tous les ans, je reviendrai devant vous pour vous rendre compte. Si la consid\u00e9ration et la bienveillance que cela traduit \u00e0 l\u2019\u00e9gard du Parlement apparaissent \u00e0 certains comme une d\u00e9rive condamnable, c\u2019est sans doute qu\u2019ils ont de leur r\u00f4le de parlementaire et du r\u00f4le du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique une conception vague que masquent mal l\u2019arrogance doctrinaire ou&nbsp;le sectarisme. Il est toujours pr\u00e9occupant que des repr\u00e9sentants du peuple se soustraient aux r\u00e8gles de la constitution qui les a fait \u00e9lire. Siey\u00e8s et Mirabeau ne d\u00e9sert\u00e8rent pas si promptement le mandat que leur avait confi\u00e9 le peuple. Le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique doit fixer le sens du quinquennat et c\u2019est ce que je suis venu faire devant vous. Il revient au Premier ministre qui dirige l\u2019action du gouvernement de lui donner corps. C\u2019est \u00e0 lui qu\u2019incombe la lourde t\u00e2che d\u2019assurer la coh\u00e9rence des actions, de conduire les transformations, de rendre les arbitrages et, avec les ministres, de vous les pr\u00e9senter. Je souhaite que cette responsabilit\u00e9 ait un sens. C\u2019est pourquoi je demanderai au Premier ministre d\u2019assigner \u00e0 chacun des objectifs clairs dont annuellement ils me rendront compte ainsi qu\u2019au Premier ministre. De m\u00eame, l\u2019efficacit\u00e9 commande que les ministres soient au c\u0153ur de l\u2019action publique et retrouvent avec leur administration un contact plus direct. La r\u00e9duction que j\u2019ai voulue \u00e0 dix du nombre de collaborateurs de cabinet comme le renouvellement de l\u2019ensemble des directeurs d\u2019administration centrale r\u00e9pond \u00e0 cette priorit\u00e9. Il s\u2019agit de rendre aux directeurs d\u2019administration disposant de la pleine confiance du gouvernement la connaissance directe de la politique de leur ministre, et ainsi d\u2019en faciliter la conduite. Soumis eux-m\u00eames \u00e0 l\u2019obligation de r\u00e9sultat par la feuille de route qui les lie au Premier ministre, les&nbsp;ministres ne perdront pas de vue pour autant les conditions de mise en \u0153uvre de leur politique. Je veux une administration plus d\u00e9concentr\u00e9e, qui conseille plus qu\u2019elle ne sanctionne, qui innove et exp\u00e9rimente plus qu\u2019elle ne contraigne. Tel est le cercle vertueux de l\u2019efficacit\u00e9. C\u2019est cette administration qui doit redonner \u00e0 tous les territoires les moyens d\u2019agir et de r\u00e9ussir. Car \u00e0 la fin notre d\u00e9mocratie ne se nourrit que de l\u2019action et de notre capacit\u00e9 \u00e0 changer le quotidien et le r\u00e9el.<\/p><p>B.<\/p><p>Le souci d\u2019efficacit\u00e9 ne suffira pas \u00e0 rendre \u00e0 notre d\u00e9mocratie l\u2019oxyg\u00e8ne dont trop longtemps elle fut priv\u00e9e. S\u2019il faut en finir avec la R\u00e9publique inefficace, il faut en finir aussi bien avec la R\u00e9publique du souffle court, des petits calculs et de la routine. Nous ne retrouverons la respiration profonde de la d\u00e9mocratie que dans le renouement avec la vari\u00e9t\u00e9 du r\u00e9el, avec la diversit\u00e9 de cette soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise \u00e0 l\u2019\u00e9cart de laquelle nos institutions se sont trop soigneusement tenues, n\u2019admettant le changement que pour les autres mais pas pour elles. La r\u00e9alit\u00e9 est plurielle, la vie est plurielle. Le pluralisme s\u2019impose \u00e0 nos institutions, qui s\u2019affaiblissent dans l\u2019entre soi. Nous avons fait entrer ici la grande diversit\u00e9 fran\u00e7aise. Elle est sociale, professionnelle, g\u00e9ographique, de genre et d\u2019origine, d\u2019\u00e2ge et d\u2019exp\u00e9riences, de croyances et d\u2019engagements. Nous&nbsp;ne l\u2019avons pas compos\u00e9e comme un nuancier savant&nbsp;: nous avons simplement ouvert les portes aux citoyens auxquels le monde politique refusait l\u2019acc\u00e8s. Je souhaite que ce renouvellement scelle le retour du d\u00e9bat que n\u2019aveuglent pas les dogmes, du partage d\u2019id\u00e9es que ne d\u00e9nature pas le caporalisme. C\u2019est aussi pour cela que je crois \u00e0 la vertu du pluralisme, au respect plein et entier des oppositions. Non parce qu\u2019il s\u2019agirait d\u2019un usage. Mais parce que c\u2019est la dignit\u00e9 du d\u00e9bat d\u00e9mocratique et votre ardente responsabilit\u00e9. La repr\u00e9sentativit\u00e9 reste toutefois un combat inachev\u00e9 dans notre pays. Je souhaite le mener r\u00e9solument. Je proposerai ainsi que le Parlement soit \u00e9lu avec une dose de proportionnelle pour que toutes les sensibilit\u00e9s y soient justement repr\u00e9sent\u00e9es. C\u2019est \u00e0 cette m\u00eame fin que nous limiterons le cumul des mandats dans le temps pour les parlementaires. Car il s\u2019agit l\u00e0 de la clef de vo\u00fbte d\u2019un renouvellement qui ne se produira pas sous la pression de l\u2019exasp\u00e9ration citoyenne mais deviendra le rythme normal de la respiration d\u00e9mocratique. Les parlementaires eux-m\u00eames verront dans leur mandat une chance de faire avancer le pays et non plus la clef d\u2019un cursus \u00e0 vie. Il est d\u2019autres institutions de la R\u00e9publique que le temps a fig\u00e9es dans les situations acquises quand le sens v\u00e9ritable de leur mission e\u00fbt \u00e9t\u00e9 d\u2019incarner le mouvement vivant de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise. Le Conseil Economique, Social et Environnemental est de celles-ci. Sa mission \u00e9tait de cr\u00e9er entre la soci\u00e9t\u00e9 civile et les instances politiques un trait d\u2019union, fait de dialogue constructif et de propositions suivies d\u2019effets. Cette intention fondatrice s\u2019est un peu perdue. Je souhaite qu\u2019on renoue avec elle. Le CESE doit devenir la Chambre du futur, o\u00f9 circuleront toutes les forces vives de la nation. Pour cela nous devons revoir, tout en r\u00e9duisant le nombre de ses membres d\u2019un tiers, de fond en comble les r\u00e8gles de sa repr\u00e9sentativit\u00e9. Celle-ci \u00e9tant acquise, nous ferons de cette assembl\u00e9e le carrefour des consultations publiques. L\u2019Etat ne travaille pas, il ne r\u00e9forme pas, sans consulter. L\u2019actuel CESE doit pouvoir devenir le forum de notre R\u00e9publique. Il r\u00e9unira toutes les sensibilit\u00e9s et toutes les comp\u00e9tences, du monde de l\u2019entreprise et du travail, des entrepreneurs et des syndicats, des salari\u00e9s comme des ind\u00e9pendants, donnera un lieu d\u2019expression aux associations et aux ONG, et deviendra ainsi pour l\u2019Etat la grande instance consultative qui fait aujourd\u2019hui d\u00e9faut. Dans le m\u00eame temps, je souhaite que le droit de p\u00e9tition soit revu afin que l\u2019expression directe de nos concitoyens soit mieux prise en compte et que les propositions des Fran\u00e7ais puissent&nbsp;\u00eatre pr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 la repr\u00e9sentation nationale. L\u00e0 aussi, il en va de la repr\u00e9sentativit\u00e9 de notre d\u00e9mocratie. Une repr\u00e9sentativit\u00e9 qui ne vivrait pas seulement une fois tous les cinq ans mais au quotidien dans l\u2019action du l\u00e9gislateur. Fond\u00e9 sur une repr\u00e9sentativit\u00e9 plus grande, anim\u00e9 par le souci d\u2019efficacit\u00e9, le d\u00e9bat d\u00e9mocratique et plus particuli\u00e8rement le d\u00e9bat parlementaire retrouveront leur vitalit\u00e9. Le d\u00e9sir d\u2019agir et de faire avancer la soci\u00e9t\u00e9 reprendra son rang premier au sein de nos institutions et il rejoindra cet autre principe souverain dont trop souvent nous nous sommes d\u00e9partis, celui de responsabilit\u00e9.<\/p><p>C.<\/p><p>Une activit\u00e9 parlementaire revivifi\u00e9e par un cap clair, des d\u00e9bats mieux construits, des impacts \u00e9valu\u00e9s, des proc\u00e9dures adapt\u00e9es aux objectifs, c\u2019est un Parlement plus apte \u00e0 exercer sa mission de contr\u00f4le, sans laquelle la responsabilit\u00e9 de l\u2019ex\u00e9cutif est affaiblie. Je souhaite qu\u2019au Parlement la majorit\u00e9 comme les oppositions puissent avoir encore davantage de moyens pour donner un contour et une exigence \u00e0 la responsabilit\u00e9 politique de l\u2019ex\u00e9cutif. Les ministres eux-m\u00eames doivent devenir comptables des actes accomplis dans leurs fonctions ordinaires. C\u2019est pour cette raison que je souhaite la suppression de la Cour de&nbsp;Justice de la R\u00e9publique. Il faudra trouver la bonne organisation mais nos concitoyens ne comprennent plus pourquoi seuls les ministres pourraient encore disposer d\u2019une juridiction d\u2019exception. Faire vivre la responsabilit\u00e9 partout dans nos institutions, c\u2019est aussi assurer l\u2019ind\u00e9pendance pleine et enti\u00e8re de la justice. C\u2019est une ambition qui doit demeurer, malgr\u00e9 les impasses et les demi-\u00e9checs rencontr\u00e9s dans le pass\u00e9. Je souhaite que nous accomplissions enfin cette s\u00e9paration de l\u2019ex\u00e9cutif et du judiciaire en renfor\u00e7ant le r\u00f4le du Conseil sup\u00e9rieur de la magistrature, et en limitant l\u2019intervention de l\u2019ex\u00e9cutif dans les nominations des magistrats du parquet. A tout le moins ce conseil devrait donner un avis conforme pour toutes les nominations de ces magistrats. C\u2019est un changement profond des pratiques que j\u2019appelle de mes v\u0153ux. Je ne m\u00e9connais pas l\u2019\u00e9volution institutionnelle et constitutionnelle que cela requiert. C\u2019est pourquoi je demanderai \u00e0 Madame la Garde des Sceaux, \u00e0 Monsieur le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur et aux pr\u00e9sidents des deux chambres de me faire pour l\u2019automne des propositions concr\u00e8tes permettant d\u2019atteindre cet objectif. Je souhaite que la totalit\u00e9 des transformations profondes que je viens de d\u00e9tailler et dont nos institutions ont cruellement besoin&nbsp;soit parachev\u00e9e d\u2019ici un an et que l\u2019on se garde des&nbsp;demi-mesures et des am\u00e9nagements cosm\u00e9tiques. Ces r\u00e9formes seront soumises au vote du Parlement mais si cela est n\u00e9cessaire, je recourrai au vote de nos concitoyens par voie de r\u00e9f\u00e9rendum. Car il s\u2019agit ici de rien moins que retisser entre les Fran\u00e7ais et la R\u00e9publique le rapport qui s\u2019est dissous dans l\u2019exercice m\u00e9canique du pouvoir. En faisant progressivement du mandat \u00e9lectif un statut, nous avons effac\u00e9 ce qui en est la nature profonde&nbsp;: le lien avec le citoyen. Je ne parle pas de cette proximit\u00e9 avec l\u2019\u00e9lecteur que je sais souvent r\u00e9elle et sinc\u00e8re. Je parle de ce lien politique qui na\u00eet de l\u2019\u00e9lection et cr\u00e9e entre l\u2019\u00e9lecteur et l\u2019\u00e9lu un pacte, un contrat \u2013 pas seulement moral, mais politique au sens le plus fort de ce terme, c\u2019est-\u00e0- dire exprimant le sens m\u00eame de la citoyennet\u00e9. Je veux r\u00e9veiller ce sens du pacte civique. Je veux que l\u2019efficacit\u00e9, la repr\u00e9sentativit\u00e9 et la responsabilit\u00e9 fassent \u00e9merger clairement et fortement une R\u00e9publique contractuelle. La confiance accord\u00e9e y va de pair avec les comptes qu\u2019on rend. L\u2019action s\u2019y d\u00e9ploie dans un cadre partag\u00e9 entre le mandataire et le mandant, et non au fil des circonstances. C\u2019est cela, le sens de ce contrat social qui fonde la R\u00e9publique, et dont le sens s\u2019est tellement perdu. La politique ici rejoint la morale. Ce que nous ferons pour les institutions de la R\u00e9publique, je souhaite le faire aussi pour nos territoires. Ne redoutons pas de nouer avec les territoires des accords de confiance. Nous&nbsp;savons tous combien notre France est diverse et combien est importante l\u2019intimit\u00e9 des d\u00e9cideurs publics avec le terrain de leur action. La centralisation jacobine traduit trop souvent la peur \u00e9l\u00e9mentaire de perdre une part de son pouvoir. Conjurons cette peur. Osons exp\u00e9rimenter et d\u00e9concentrer, c\u2019est indispensable pour les territoires ruraux comme pour les quartiers difficiles. Osons conclure avec nos territoires de vrais pactes girondins, fond\u00e9s sur la confiance et sur la responsabilit\u00e9. Nombre de nos territoires l\u2019attendent. La conf\u00e9rence des territoires qui sera bient\u00f4t lanc\u00e9e et sera conduite par le Premier ministre r\u00e9pond \u00e0 cette pr\u00e9occupation. Il ne s\u2019agira pas uniquement d\u2019une conf\u00e9rence budg\u00e9taire ou financi\u00e8re, mais aussi de trouver ensemble les moyens d\u2019adapter nos politiques aux r\u00e9alit\u00e9s locales, et de donner davantage de latitude aux collectivit\u00e9s territoriales. Et je pense en particulier aux collectivit\u00e9s d\u2019outre-mer qui doivent avoir tous les moyens pour r\u00e9ussir. C\u2019est ce m\u00eame esprit de confiance qui fonde cette R\u00e9publique contractuelle que d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 nous faisons avancer dans la soci\u00e9t\u00e9 et le monde du travail en donnant \u00e0 celles et ceux qui sont au plus pr\u00e8s de la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019entreprise une capacit\u00e9 plus grande \u00e0 en r\u00e9guler le quotidien, non dans le rapport de force, mais dans un cadre convenu et partag\u00e9. Nous savons tous que la confiance exige un soin plus grand que l\u2019usage unilat\u00e9ral de l\u2019autorit\u00e9. Nous savons aussi qu\u2019elle&nbsp;produit de plus grands r\u00e9sultats et qu\u2019elle suscite cette concorde sans laquelle il n\u2019est pas de vie civile supportable. La France a v\u00e9cu assez d\u2019\u00e9preuves et connu assez de grandeurs pour n\u2019\u00eatre pas ce peuple-enfant que l\u2019on berce d\u2019illusions. Chaque Fran\u00e7ais a sa part de responsabilit\u00e9 et son r\u00f4le \u00e0 jouer dans la conqu\u00eate \u00e0 venir. En retrouvant l\u2019esprit de nos institutions, nous redonnerons \u00e0 la nation tout enti\u00e8re le sentiment de retrouver la ma\u00eetrise de son destin et la fiert\u00e9 de reprendre en main le fil de son histoire. C\u2019est la condition m\u00eame de la r\u00e9conciliation de notre pays.<\/p><p>III.<\/p><p>Pour \u00eatre au rendez-vous que le Peuple nous a donn\u00e9, il ne nous est pas permis d\u2019attendre. C\u2019est pourquoi j\u2019aurai besoin pour notre R\u00e9publique de la mobilisation de tous autour de quelques grands principes d\u2019action. Il ne s\u2019agit pas ici pour moi de d\u00e9cliner l\u2019action du gouvernement. C\u2019est la t\u00e2che du Premier ministre et je n\u2019\u00e9gr\u00e8nerai pas ici tous les secteurs les m\u00e9tiers et les territoires. Que chacun sache n\u00e9anmoins que ces grands principes valent pour tous.<\/p><p>A.<\/p><p>Le premier doit \u00eatre la recherche d\u2019une libert\u00e9 forte.&nbsp;En mati\u00e8re \u00e9conomique, sociale, territoriale, culturelle, notre devoir est d\u2019\u00e9manciper nos concitoyens. C\u2019est-\u00e0-dire leur permettre de ne pas subir leur vie mais bien d\u2019\u00eatre en situation de la choisir. De pouvoir \u00ab\u00a0faire\u00a0\u00bb&nbsp;l\u00e0 o\u00f9 trop souvent nos r\u00e8gles entravent au pr\u00e9texte de prot\u00e9ger. Je crois \u00e0 cet esprit des Lumi\u00e8res qui fait que notre objectif \u00e0 la fin est bien l\u2019autonomie de l\u2019homme libre, conscient et critique. Trop de nos concitoyens se sentent encore prisonniers de leurs origines sociales, de leur condition, d\u2019une trajectoire qu\u2019ils subissent. Or l\u2019enclavement, l\u2019isolement, l\u2019absence d\u2019acc\u00e8s aux transports assignent \u00e0 r\u00e9sidence des millions de nos compatriotes. La libert\u00e9 forte que nous avons \u00e0 b\u00e2tir, c\u2019est ce combat pour les mobilit\u00e9s physiques et num\u00e9riques, afin que nul de nos territoires ne soit exclu du progr\u00e8s et de l\u2019acc\u00e8s. C\u2019est le combat de la mobilit\u00e9 \u00e9conomique et sociale par le travail et par l\u2019effort pour tous nos concitoyens, quel que soit leur quartier, leur pr\u00e9nom et leur origine. C\u2019est le combat pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 pleine entre les femmes et les hommes. Ce beau combat dont notre pays a perdu il y a quelques jours une figure essentielle en Madame Simone Veil. La libert\u00e9 forte, c\u2019est la libert\u00e9 de choisir sa vie. Car la libert\u00e9 est ce qui r\u00e9concilie libert\u00e9 et \u00e9galit\u00e9, justice et efficacit\u00e9. La libert\u00e9 d\u2019exp\u00e9rimenter, mais aussi la libert\u00e9 de se tromper sont des&nbsp;libert\u00e9s qui restent \u00e0 construire. On n\u2019embarque plus dans son existence pour un voyage au long cours. Nos vies sont explorations, tentatives, recherche. Sachons inventer cette libert\u00e9-l\u00e0 avec les nouvelles protections individuelles qui vont avec, en assurant l\u2019\u00e9ducation, la formation et les s\u00e9curit\u00e9s utiles aux grandes \u00e9tapes de la vie pour pouvoir construire une existence. C\u2019est tout le sens des transformations \u00e9conomiques et sociales profondes que le gouvernement aura \u00e0 conduire dans les prochains mois: lib\u00e9rer et prot\u00e9ger, permettre d\u2019innover en construisant une place pour chacun. Vouloir la libert\u00e9 forte en ces temps de terrorisme, c\u2019est assurer la s\u00e9curit\u00e9 de chacun et garantir le plein respect des libert\u00e9s individuelles. Je veux ici vous parler avec franchise du terrorisme islamiste et des moyens de le combattre. Que devons-nous aux victimes? Que devons-nous \u00e0 ceux qui sont morts&nbsp;? Que devons-nous \u00e0 la France endeuill\u00e9e par ces assassinats marqu\u00e9s du sceau de la l\u00e2chet\u00e9, de la b\u00eatise et de l\u2019aveuglement? Certainement pas de nous limiter \u00e0 l\u2019esprit victimaire ou \u00e0 la seule comm\u00e9moration. Nous leur devons la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 nous-m\u00eames, \u00e0 nos valeurs et \u00e0 nos principes. Renoncer, c\u2019est conc\u00e9der au nihilisme des assassins sa plus belle victoire.&nbsp;D\u2019un c\u00f4t\u00e9, je r\u00e9tablirai les libert\u00e9s des Fran\u00e7ais en levant l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence \u00e0 l\u2019automne, parce que ces libert\u00e9s sont la condition de l\u2019existence d\u2019une d\u00e9mocratie forte. Parce que les abandonner c\u2019est apporter \u00e0 nos adversaires une confirmation que nous devons leur refuser. De tout temps les adversaires de la d\u00e9mocratie ont pr\u00e9tendu qu\u2019elle \u00e9tait faible et que si elle voulait combattre il lui faudrait bien abandonner ses grands principes. C\u2019est exactement le contraire qui est vrai. Le code p\u00e9nal tel qu\u2019il est, les pouvoirs des magistrats tels qu\u2019ils sont, peuvent, si le syst\u00e8me est bien ordonn\u00e9, nous permettre d\u2019an\u00e9antir nos adversaires. Donner en revanche \u00e0 l&rsquo;administration des pouvoirs illimit\u00e9s sur la vie des personnes, sans aucune discrimination, n\u2019a aucun sens, ni en termes de principes ni en termes d\u2019efficacit\u00e9. Mais d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, je souhaite que le Parlement puisse voter ces dispositions nouvelles qui nous renforceront encore dans notre lutte. Elles devront viser explicitement les terroristes \u00e0 l\u2019exclusion de tous les autres Fran\u00e7ais. Elles comporteront des mesures renforc\u00e9es, mais qui seront plac\u00e9es sous la surveillance du juge judiciaire, dans le respect int\u00e9gral et permanent de nos exigences constitutionnelles et de nos traditions de libert\u00e9.&nbsp;La d\u00e9mocratie n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue simplement pour les temps calmes. Elle vaut surtout pour les moments d\u2019\u00e9preuve. Il est l\u00e0, le chemin de l\u2019efficacit\u00e9, et c\u2019est le m\u00eame chemin que celui des valeurs. Un pays rassembl\u00e9, uni sur ses principes, une soci\u00e9t\u00e9 pleinement consciente de ce qui la fonde sont invincibles. Tel est exactement le sens profond des textes que vous aurez \u00e0 examiner. Ils visent \u00e0 nous lib\u00e9rer de la peur, de l\u2019ali\u00e9nation \u00e0 la volont\u00e9 de nos adversaires. Nous travaillerons \u00e0 pr\u00e9venir tout nouvel attentat, et nous travaillerons \u00e0 les r\u00e9primer, sans piti\u00e9, sans remords, sans faiblesse, avec d\u2019autant plus de force que nous n\u2019aurons c\u00e9d\u00e9 sur rien de ce qui nous constitue. J\u2019en prends l\u2019engagement devant vous, et, au-del\u00e0, devant le peuple fran\u00e7ais. Rappelons-nous que c\u2019est au plus fort de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie qu\u2019a \u00e9t\u00e9 \u00e9crite et vot\u00e9e cette disposition de notre Constitution qui pr\u00e9voit que l\u2019autorit\u00e9 judiciaire est la gardienne de nos libert\u00e9s. Montrons-nous dignes de la fermet\u00e9 d\u2019\u00e2me de ceux qui nous ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s dans les \u00e9preuves. Enfin, la libert\u00e9 forte c\u2019est toujours, en France, la libert\u00e9 de conscience. C\u2019est-\u00e0- dire la libert\u00e9 intellectuelle, morale, spirituelle. De cette libert\u00e9, la France doit \u00eatre l\u2019indispensable havre. L\u2019\u00e9ducation et la culture en sont les cl\u00e9s. Elles sont au c\u0153ur de mon action car, en cette mati\u00e8re, rien n\u2019est jamais acquis. Les progr\u00e8s de l\u2019obscurantisme nous rappellent ainsi \u00e0 l\u2019id\u00e9al des Lumi\u00e8res. La la\u00efcit\u00e9 en est l\u2019indispensable corollaire. A ces principes et \u00e0 ces ambitions, la R\u00e9publique a su ne rien c\u00e9der car ils sont la condition m\u00eame de l\u2019autonomie de nos concitoyens. De cette culture lib\u00e9rale, ouverte, g\u00e9n\u00e9reuse, nous devons refaire ensemble la singularit\u00e9 de la France car c\u2019est par l\u00e0 que toujours elle sut rayonner. Au sein de la culture mondialis\u00e9e et dont on observe la prolif\u00e9ration parfois inqui\u00e9tante, la voix de la France et de la culture fran\u00e7aise doivent occuper une place \u00e9minente, associant tous les Fran\u00e7ais de m\u00e9tropole et d\u2019outre-mer.<\/p><p>B.<\/p><p>Cette libert\u00e9 ne se tiendrait pas si notre deuxi\u00e8me principe d\u2019action n\u2019\u00e9tait de retrouver le socle de notre fraternit\u00e9. Notre peuple n\u2019est pas form\u00e9 d\u2019un peu plus de soixante-cinq millions d\u2019individus qui cohabiteraient. Il est indivisible pr\u00e9cis\u00e9ment car ce qui le tient est plus fort que des r\u00e8gles ou des organisations. C\u2019est un engagement chaque jour r\u00e9p\u00e9t\u00e9 qui fait que notre citoyennet\u00e9 n\u2019est jamais abstraite et froide mais qu\u2019elle n\u2019est &nbsp;pleine et enti\u00e8re que par ce lien fraternel qui nous unit et dont nous devons retrouver la vigueur. L\u2019un des drames de notre pays, c\u2019est que cet engagement est tout simplement impossible pour ceux que les dysfonctionnements de nos syst\u00e8mes scl\u00e9ros\u00e9s rejettent en permanence sur les marges. Il nous reviendra, au cours de ce quinquennat, de prendre la vraie mesure de cette question, de red\u00e9finir nos moyens d\u2019actions, sans nous laisser arr\u00eater par de vieilles habitudes, en associant l\u2019Etat, les collectivit\u00e9s, les associations, les fondations, toutes les entit\u00e9s qui, priv\u00e9es ou publiques, \u0153uvrent \u00e0&nbsp;l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral et pour la dignit\u00e9 des personnes. Nous devons substituer \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019aide sociale, \u00e0 la charit\u00e9 publique, aux dispositifs parcellaires, une vraie politique de l\u2019inclusion de tous. La repr\u00e9sentation nationale y trouvera un enjeu, un d\u00e9fi, \u00e0 sa mesure, \u00e0 votre mesure. Ne vous y trompez pas. Cette question est la plus profonde, la plus s\u00e9rieuse qui soit. Notre soci\u00e9t\u00e9 de la comp\u00e9tition et de l\u2019efficacit\u00e9 est menac\u00e9e \u00e0 chaque instant de perdre son humanit\u00e9, de perdre son \u00e2me. Pourquoi&nbsp;? simplement parce qu\u2019elle est port\u00e9e \u00e0 consid\u00e9rer les personnes non selon leur dignit\u00e9 intrins\u00e8que, mais selon leur utilit\u00e9 sociale, et de mani\u00e8re tout aussi grave, en sous-estimant l\u2019utilit\u00e9 sociale qu\u2019elles peuvent avoir. Ainsi les plus jeunes sont mis ind\u00e9finiment \u00e0&nbsp;l\u2019\u00e9preuve, les plus \u00e2g\u00e9s, au rebut. Les ch\u00f4meurs sont point\u00e9s du doigt. Mais ce sont aussi les r\u00e9fugi\u00e9s, vus comme un fardeau et non comme une chance. Les d\u00e9tenus, qui sont oubli\u00e9s dans des prisons d\u00e9grad\u00e9es, sans espoir d\u2019amendement. Les exclus, les sans-abris, qui sont vus comme des probl\u00e8mes plus que comme des humains. Les personnes en situation de handicap, r\u00e9duits \u00e0 leur apparence au m\u00e9pris de leur vie. C\u2019est la \u00ab&nbsp;part maudite&nbsp;\u00bb de notre soci\u00e9t\u00e9, pour reprendre la belle formule de Georges Bataille, qui dit tant de ce que nous sommes. Le regard que la soci\u00e9t\u00e9 jette sur eux est bien le m\u00eame&nbsp;: c\u2019est, en v\u00e9rit\u00e9, une absence de regard. Nous passons sans les voir. Nous refusons m\u00eame jusqu\u2019au t\u00e9moignage de leur fragilit\u00e9. Je voudrais le dire avec force&nbsp;: cela n\u2019est pas digne de nous. Cette France nouvelle que nous voulons faire advenir, elle est la leur autant que la n\u00f4tre. Il nous faut nous en souvenir, et, chacun o\u00f9 le suffrage nous a plac\u00e9s, penser en cons\u00e9quence l\u2019action politique que nous avons \u00e0 d\u00e9finir. Car en d\u00e9finitive, le sentiment d\u2019appartenance existe moins qu\u2019avant. Nos soci\u00e9t\u00e9s modernes ont tendance \u00e0 se fractionner au gr\u00e9 des int\u00e9r\u00eats, des \u00e9go\u00efsmes, des id\u00e9es de chacun. Mais l\u00e0 encore il nous revient, dans l\u2019action politique, de r\u00e9sister aux forces de division, aux effets de dislocation qui sont \u00e0 l\u2019\u0153uvre et qui ne sont aucunement invincibles pour peu qu\u2019on&nbsp;s\u2019en donne les moyens. L\u2019appartenance ne se d\u00e9cr\u00e8te pas. Aussi cette solidarit\u00e9 doit-elle trouver des formes concr\u00e8tes. L\u2019\u00e9cole en est le premier creuset. Notre universit\u00e9 ensuite. Notre culture. Ce sont l\u00e0 les formes concr\u00e8tes de ce qui nous unit et ce qu\u2019il nous faut . La langue, l\u2019acc\u00e8s au savoir et \u00e0 l\u2019\u00e9ducation, l\u2019ouverture \u00e0 des possibles qui nous rassemblent forgent un peuple. Face \u00e0 la crise morale et de civilisation que nous vivons, nous devons savoir forger un imaginaire puissant et d\u00e9sirable o\u00f9 chacun trouvera sa place. Enfin, il y a le service national que j\u2019ai propos\u00e9. Il faut que les jeunes Fran\u00e7ais r\u00e9apprennent \u00e0 se connaitre et j\u2019ose le dire \u00e0 s\u2019aimer, au-del\u00e0 des diff\u00e9rences d\u2019origine, de milieu, de m\u00e9tier. Et il faut qu\u2019ils r\u00e9apprennent, au contact de ces actions essentielles de l\u2019Etat que sont la d\u00e9fense, la s\u00e9curit\u00e9 civile ou l\u2019action humanitaire et civique, que notre d\u00e9mocratie ne vaut que par l\u2019exercice de notre citoyennet\u00e9, et ne dure, dans sa beaut\u00e9, dans sa grandeur, dans les valeurs qu\u2019elle d\u00e9fend, que par l\u2019engagement personnel de chacun. Il faut que notre jeunesse puisse apprendre de ceux qui parmi elle ont fait le choix du d\u00e9vouement et du courage, au p\u00e9ril parfois de leur vie.<\/p><p>C.<\/p><p>Le troisi\u00e8me principe d\u2019action de notre mobilisation, c\u2019est l\u2019intelligence fran\u00e7aise. Par intelligence je pense \u00e9videmment aux grandes d\u00e9couvertes, aux chercheurs, \u00e0 nos grands physiciens, \u00e0 nos grands m\u00e9decins, aux inventeurs, aux innovateurs&nbsp;; je pense aux \u00e9crivains, aux philosophes, aux historiens, aux cin\u00e9astes, qui continuent d\u2019apporter au monde ce regard libre des pr\u00e9jug\u00e9s qui fait notre force&nbsp;; je pense aux peintres ou aux musiciens qui remettent, au fond, la politique \u00e0 sa juste place en nous faisant entrevoir un au-del\u00e0 de l\u2019existence imm\u00e9diate qui rend \u00e0 la condition humaine sa grandeur, sa beaut\u00e9, souvent son tragique. Redonner toute sa place \u00e0 l\u2019intelligence fran\u00e7aise, c\u2019est aussi se refuser \u00e0 toutes ces incoh\u00e9rences qui nous minent. Et nous y parviendrons qu\u2019au prix d\u2019un v\u00e9ritable effort de r\u00e9flexion collective. Nous ne pouvons pas, par exemple, continuer d\u2019affirmer hautement notre attachement aux principes de l\u2019asile, tout en nous abstenant de r\u00e9former en profondeur un syst\u00e8me qui, d\u00e9bord\u00e9 de toutes parts, ne permet pas un traitement humain et juste des demandes de protection \u00e9manant d\u2019hommes et de femmes menac\u00e9s par la guerre, la pers\u00e9cution politique, religieuse, ethnique et sexuelle. Ceux qu\u2019on appelait en 1946 les combattants de la libert\u00e9. Redonner sa place \u00e0 l\u2019intelligence fran\u00e7aise c\u2019est faire de notre pays le centre d\u2019un nouveau projet humaniste pour le monde. Le lieu o\u00f9 se concevra et se cr\u00e9era une soci\u00e9t\u00e9 qui retrouve ses \u00e9quilibres&nbsp;: la production et la distribution plut\u00f4t que l\u2019accumulation, l\u2019alimentation saine et durable, la finance \u00e9quitable, le num\u00e9rique au service de l\u2019homme, la fin de l\u2019exploitation des \u00e9nergies fossiles et la r\u00e9duction des \u00e9missions. Redonner sa place \u00e0 l\u2019intelligence fran\u00e7aise, enfin, c\u2019est comprendre que les Fran\u00e7ais sont assez intelligents pour faire leur chemin tout seuls. Ce ne sont pas les Fran\u00e7ais qu\u2019il faudrait d\u00e9sintoxiquer de l\u2019interventionnisme public, c\u2019est l\u2019Etat lui-m\u00eame. Il faut \u00e9videmment prot\u00e9ger les plus faibles, dans le droit du travail en particulier. Mais prot\u00e9ger les plus faibles, ce n\u2019est pas les transformer en mineurs incapables, en assist\u00e9s permanents de l\u2019Etat, de ses m\u00e9canismes de v\u00e9rification et de contr\u00f4le. C\u2019est de leur redonner, et \u00e0 eux seuls, les moyens de peser efficacement sur leur destin. Tout sera fait pour rendre aux Fran\u00e7ais cette autonomie qu\u2019on leur a disput\u00e9e puis confisqu\u00e9e. Redonner sa place \u00e0 l\u2019intelligence fran\u00e7aise, c\u2019est permettre \u00e0 chacun , \u00e0 chaque territoire, \u00e0 ceux qui se sentent d\u00e9class\u00e9s, de r\u00e9ussir, de s\u2019engager.<\/p><p>D.<\/p><p>J\u2019en viens \u00e0 pr\u00e9sent au dernier principe de l\u2019action&nbsp;que j\u2019entends mener: construire la paix. Nous le savons, ce monde dans lequel nous dessinons pour la France un chemin, \u00e0 la fois neuf et fid\u00e8le \u00e0 sa vocation ancienne, est un monde dangereux. Notre environnement, y compris notre environnement proche, se caract\u00e9rise par l\u2019accumulation des menaces. C\u2019est bien l\u2019ombre de la guerre qui, \u00e0 chaque nouvelle crise, se profile. La d\u00e9flagration mondiale n\u2019est plus le spectre que brandissent les pessimistes&nbsp;: elle est pour les r\u00e9alistes une hypoth\u00e8se s\u00e9rieuse. Les affirmations de puissance reviennent ou \u00e9mergent. Les mouvements terroristes se d\u00e9veloppent dans de multiples r\u00e9gions avec des moyens qui augmentent leur capacit\u00e9 de nuisance. Les guerres r\u00e9gionales atteignent des degr\u00e9s nouveaux de barbarie. Les alliances d\u2019hier s\u2019effritent, l\u2019ordre multilat\u00e9ral doute de lui-m\u00eame, les r\u00e9gimes autoritaires et les d\u00e9mocraties illib\u00e9rales fleurissent. L\u2019espace cybern\u00e9tique propage et amplifie les instruments de cette guerre du tout contre tous. La d\u00e9rive du monde impose son rythme erratique, ses exc\u00e8s en tous genres, d\u00e9truisant l\u2019homme, le d\u00e9racinant, effa\u00e7ant sa m\u00e9moire. Cela nous impose des devoirs. Les plus graves sans doute qu\u2019une nation puisse porter. Celui de&nbsp;maintenir ouverte la voie de la n\u00e9gociation, du dialogue et de la paix face aux entreprises les plus sinistres. La vocation de la France, sa fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 son histoire est de savoir construire la paix et promouvoir la dignit\u00e9 des personnes. C\u2019est pourquoi partout nous devons agir d\u2019abord pour prot\u00e9ger nos int\u00e9r\u00eats et au premier chef notre s\u00e9curit\u00e9. C\u2019est ce qui m\u2019a conduit \u00e0 r\u00e9affirmer notre engagement au Sahel comme au Levant, pour lutter contre le terrorisme et contre le fanatisme. Dans notre int\u00e9r\u00eat comme dans celui des peuples concern\u00e9s. Et je tiens l\u00e0 l\u2019engagement de nos arm\u00e9es chaque jour depuis tant de mois. Mais une telle action ne peut \u00eatre efficace que si elle s\u2019inscrit dans la dur\u00e9e et vise donc \u00e0 construire les solutions politiques permettant la sortie de crise. Je ne vous proposerai pas de nous substituer \u00e0 d\u2019autres peuples car je ne veux pas qu\u2019apparaissent de nouveaux \u00e9tats faillis. Toujours la France doit respecter la souverainet\u00e9 des peuples. Mais partout o\u00f9 les libert\u00e9s ne sont pas respect\u00e9es, nous oeuvrerons, \u00e0 travers notre diplomatie et nos actions de d\u00e9veloppement, afin d\u2019aider les minorit\u00e9s, de travailler au service des soci\u00e9t\u00e9s pour le respect des droits. Cela suppose un travail exigeant, parfois long et ingrat, qui impose de replacer la France au c\u0153ur du dialogue entre les nations. C\u2019est depuis plusieurs semaines ce que je m\u2019emploie \u00e0 faire, du Mali&nbsp;\u00e0 la Syrie en passant par le Golfe, en \u00e9changeant en profondeur avec tous les dirigeants du monde. La France doit construire des \u00e9quilibres multiples, m\u00eame si parfois ils deviennent fragiles. Notre outil militaire rev\u00eat dans ces circonstances une importance majeure. J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 ordonn\u00e9 une revue strat\u00e9gique de d\u00e9fense et de s\u00e9curit\u00e9. Avec comme fils directeurs les principes d\u2019ind\u00e9pendance et d\u2019autonomie de d\u00e9cision, nos arm\u00e9es assureront les missions que je leur ai confi\u00e9es&nbsp;: la dissuasion, cl\u00e9 de vo\u00fbte de notre s\u00e9curit\u00e9, la protection de nos concitoyens et de nos int\u00e9r\u00eats, l\u2019intervention l\u00e0 o\u00f9 le respect du droit et de la stabilit\u00e9 internationale sont menac\u00e9es. La pr\u00e9vention des crises et leur r\u00e9solution sera g\u00e9r\u00e9e de mani\u00e8re globale en n\u2019oubliant jamais que seuls la stabilisation et le d\u00e9veloppement permettent de cr\u00e9er les conditions d\u2019une paix durable. L\u2019ind\u00e9pendance que j\u2019appelle de mes v\u0153ux ne veut pas dire solitude. La France sera fid\u00e8le \u00e0 toutes ses Alliances. Les prochaines ann\u00e9es seront pour nos arm\u00e9es celles d\u2019un renouvellement strat\u00e9gique et tactique. Je sais qu\u2019elles y sont pr\u00eates car elles sont aux avant-postes du monde tel qu\u2019il va, avec cette vigilance et cet engagement qui font honneur \u00e0 notre pays. Vous le voyez, les menaces n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 si grandes. L\u2019ordre multilat\u00e9ral est sans doute aujourd\u2019hui plus n\u00e9cessaire&nbsp;que jamais alors pr\u00e9cis\u00e9ment qu\u2019il est fragilis\u00e9. Dans les ann\u00e9es \u00e0 venir, le r\u00f4le de la France sera de d\u00e9fendre la s\u00e9curit\u00e9, l\u2019\u00e9galit\u00e9, les libert\u00e9s, la plan\u00e8te face au r\u00e9chauffement climatique tout ce qui constitue notre bien commun universel et qui chaque fois est remis en cause. C\u2019est cela mon cap, et aucun autre. Ce cours du monde vient \u00e9prouver notre r\u00e9sistance et notre coh\u00e9rence. C\u2019est \u00e0 titre d\u2019exemple ce que nous vivons avec les grandes crises migratoires qui traversent l\u2019Afrique, la M\u00e9diterran\u00e9e, et \u00e0 nouveau bousculent l\u2019Europe. Nous devons \u00e0 la fois mieux les pr\u00e9venir par une politique de s\u00e9curit\u00e9 et de d\u00e9veloppement ambitieuse, et mieux les endiguer par une politique de contr\u00f4le et de lutte contre les trafics de personnes. Il faut pour cela mener de mani\u00e8re coordonn\u00e9e en Europe une action efficace et humaine qui nous permette d\u2019accueillir les r\u00e9fugi\u00e9s politiques courant un risque r\u00e9el car ce sont l\u00e0 nos valeurs, sans les confondre avec des migrants \u00e9conomiques et sans abandonner l\u2019indispensable maintien de nos fronti\u00e8res. Pour r\u00e9ussir \u00e0 tenir ce cap, nous avons besoin d\u2019une Europe plus forte et refond\u00e9e. Plus que jamais nous avons besoin de l\u2019Europe or elle est affaiblie par les divisions et par le doute qui s\u2019est install\u00e9 dans notre peuple. Pourtant l\u2019Europe est chez nous autant que nous sommes en Europe, parce qu\u2019il est impossible de penser notre destin\u00e9e&nbsp;continentale autrement qu\u2019au travers du projet Europ\u00e9en. L\u2019Europe, c\u2019est nous&nbsp;; et c\u2019est aussi autre chose que nous-m\u00eames. C\u2019est \u00e0 la fois l\u2019intime et l\u2019\u00e9tranger. Elle est grav\u00e9e dans la chair de notre histoire. Hier dans les conflits les plus meurtriers mais aussi dans des dialogues philosophiques, scientifiques, artistiques qui ont tiss\u00e9 l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9, aujourd\u2019hui dans un effort de concorde et de paix sans pr\u00e9c\u00e9dent. N\u00e9gliger l\u2019Europe, s\u2019habituer \u00e0 n\u2019en faire qu\u2019un objet de n\u00e9gociations techniques, c\u2019est abdiquer notre histoire, c\u2019est diminuer la France. Or la construction europ\u00e9enne est fragilis\u00e9e par la prolif\u00e9ration bureaucratique et par le scepticisme croissant qui en d\u00e9coule. Je crois fermement \u00e0 l\u2019Europe, mais je ne trouve pas ce scepticisme injustifi\u00e9. Je vous propose de reprendre de la hauteur, de sortir de la tyrannie des agendas et des calendriers et des m\u00e9andres de la technique. La d\u00e9cennie qui vient de s\u2019achever a \u00e9t\u00e9 pour l\u2019Europe une d\u00e9cennie cruelle. Nous avons g\u00e9r\u00e9 des crises mais nous avons perdu le cap. Face \u00e0 cet \u00e9chec, qu\u2019il faut avoir le courage de regarder en face et dont le \u00ab\u00a0Brexit\u00a0\u00bb&nbsp;n\u2019est qu\u2019un sympt\u00f4me, certains voudraient nous faire croire qu\u2019il n\u2019y a d\u2019autre choix que l\u2019abandon de l\u2019euro, de l\u2019Union, le retour des fronti\u00e8res et la r\u00e9surrection du pass\u00e9, d\u2019ailleurs id\u00e9alis\u00e9, de la souverainet\u00e9.&nbsp;Je tiens que cette option serait tragique et pour la France et pour l\u2019Europe. Il revient aujourd\u2019hui \u00e0 une g\u00e9n\u00e9ration nouvelle de dirigeants de reprendre l\u2019id\u00e9e europ\u00e9enne \u00e0 son origine, qui est politique dans son essence : une association volontaire, r\u00e9aliste et ambitieuse d\u2019Etats d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 faire pr\u00e9valoir des politiques utiles en mati\u00e8re de circulation des personnes et des biens \u2013 et notamment de la jeunesse, en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9, en mati\u00e8re mon\u00e9taire et fiscale mais aussi culturelle et politique. Les pays de l\u2019Europe pour lesquels celle-ci ne se r\u00e9duit pas au march\u00e9, mais dessine un espace o\u00f9 une certaine id\u00e9e de la valeur de l\u2019homme, et l\u2019exigence de justice sociale, sont reconnus comme pr\u00e9\u00e9minents, doivent se ressaisir d\u2019un projet d\u00e9cisif et s\u2019organiser en cons\u00e9quence, f\u00fbt-ce au prix d\u2019un examen sans complaisance de notre fonctionnement actuel. Il revient \u00e0 la France d\u2019en prendre l\u2019initiative. Je souhaite le faire gr\u00e2ce et par le travail \u00e9troit que j\u2019ai d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 engag\u00e9 avec la Chanceli\u00e8re d\u2019Allemagne. D\u2019ici la fin de l\u2019ann\u00e9e, sur cette base, nous lancerons partout en Europe des conventions d\u00e9mocratiques. Libre \u00e0 chacun ensuite d\u2019y souscrire ou non. Mais le temps n\u2019est plus aux raccommodages. Il faut donc reprendre l\u2019Europe \u00e0 son d\u00e9but, si je puis dire, \u00e0 son origine m\u00eame, et faire revivre le d\u00e9sir d\u2019Europe. Comment? Pr\u00e9cis\u00e9ment, en ne laissant pas le monopole du peuple et des id\u00e9es aux d\u00e9magogues ou aux extr\u00e9mistes. En ne faisant pas de l\u2019Europe un syndic de gestion de crise, qui cherche chaque &nbsp;jour \u00e0 allonger son r\u00e8glement int\u00e9rieur parce que les voisins ne se font plus confiance. Mais surtout en retrouvant le souffle premier de l\u2019engagement europ\u00e9en, cette certitude o\u00f9 furent les visionnaires des si\u00e8cles pass\u00e9s et les p\u00e8res fondateurs de l\u2019Europe que la plus belle part de nos histoires et de nos cultures s\u2019exprimerait non dans la rivalit\u00e9, encore moins dans la guerre, mais dans l\u2019union des forces. N\u2019est-ce pas cette union dont notre temps a besoin&nbsp;? Les d\u00e9fis de la modernit\u00e9 ont ceci de commun qu\u2019ils d\u00e9passent nos fronti\u00e8res nationales mais requi\u00e8rent, pour \u00eatre affront\u00e9s, une vision commune du monde et de l\u2019homme, une vision tremp\u00e9e aux m\u00eames sources, forg\u00e9e par les m\u00eames \u00e9preuves. Ces d\u00e9fis sont la transition \u00e9cologique, qui refonde le rapport de l\u2019homme et de la nature&nbsp;; la transition num\u00e9rique, qui r\u00e9\u00e9crit les r\u00e8gles sociales et nous oblige \u00e0 r\u00e9inventer ce droit continental o\u00f9 depuis tant de si\u00e8cles nous avons voulu que la norme respecte l\u2019homme&nbsp;; c\u2019est enfin le d\u00e9fi de l\u2019humanisme contemporain face aux dangers du fanatisme, du terrorisme, de la guerre, auquel nous r\u00e9pondrons par une D\u00e9fense plus europ\u00e9enne en cours d\u2019\u00e9dification, mais aussi par une Europe de la culture et de l\u2019innovation. La paix n\u2019est pas seulement le socle de l\u2019Europe, elle en est en l\u2019id\u00e9al, toujours \u00e0 promouvoir, ici et dans le monde. Nous romprons avec les facilit\u00e9s que nous nous \u00e9tions donn\u00e9es au cours des ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes pour \u00eatre \u00e0 la hauteur de ce que le moment exige de nous. Fernand Braudel le disait, \u00ab\u00a0L\u2019Europe ne sera pas si elle ne s\u2019appuie sur ces vieilles forces qui l\u2019ont faite, qui la travaillent encore profond\u00e9ment, d\u2019un mot si l\u2019on n\u00e9glige tous ses humanismes vivants\u00a0\u00bb. Ne les n\u00e9gligeons plus.<\/p><p>*<\/p><p>Mesdames et Messieurs les Parlementaires,<\/p><p>Nous connaissons \u00e0 pr\u00e9sent l\u2019enthousiasme des commencements, mais la gravit\u00e9 des circonstances nous emp\u00eache d\u2019en ressentir aucune ivresse. Le terrorisme n\u2019a pas d\u00e9sarm\u00e9. La construction europ\u00e9enne est en crise. Nos \u00e9quilibres financiers sont d\u00e9grad\u00e9s, notre dette consid\u00e9rable. L\u2019investissement productif est faible. Le ch\u00f4mage atteint des niveaux insupportables. La pauvret\u00e9 s\u2019\u00e9tend, et aussi la duret\u00e9 de la vie. Mais le peuple fran\u00e7ais nous a fait connaitre ses volont\u00e9s, et nous en serons les serviteurs. Il y aura des traverses, il y aura de l\u2019impr\u00e9vu, il y aura des oppositions, toutes les oppositions de ce vieux monde que nous devons quitter pour rena\u00eetre. Mais nous ne nous laisserons pas d\u00e9courager. Devant chaque difficult\u00e9, au lieu de baisser les&nbsp;bras, nous en reviendrons \u00e0 l\u2019essentiel et nous y puiserons une \u00e9nergie plus grande encore. J\u2019y suis pr\u00eat. Je suis s\u00fbr que vous l\u2019\u00eates aussi. Car par notre engagement les Fran\u00e7ais retrouvent leur fiert\u00e9. Le peuple fran\u00e7ais ne nous demande pas seulement de l\u2019efficacit\u00e9. L\u2019efficacit\u00e9 est un instrument, et puis on peut \u00eatre tout \u00e0 fait efficace au service d\u2019une mauvaise cause. Il nous demande ce que la philosophe Simone Weil appelait l\u2019effectivit\u00e9. C\u2019est-\u00e0- dire l\u2019application concr\u00e8te, tangible, visible, des principes qui nous guident. Le refus d\u2019\u00eatre pris en d\u00e9faut, et de clamer des principes dont nous ne poursuivons pas sans rel\u00e2che l\u2019application. Le principe d\u2019effectivit\u00e9, c\u2019est d\u2019abord, pour vous, pour moi, pour le gouvernement, de ne jamais cesser de se demander si nous sommes en pratique fid\u00e8le \u00e0 nos principes, c\u2019est-\u00e0- dire d\u2019abord \u00e0 la libert\u00e9, \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9, \u00e0 la fraternit\u00e9. Je le dis sans ambages. Aujourd\u2019hui, nous sommes loin du compte et le peuple fran\u00e7ais nous a fait savoir que cela ne pouvait plus durer. Nous devons \u00e0 chaque instant \u00eatre \u00e0 la hauteur de cet esprit fran\u00e7ais par l\u2019engagement de tous. Ce que nous avons \u00e0 accomplir, c\u2019est une v\u00e9ritable r\u00e9volution. Voici plus de 30 ans que nous nous accommodons d&rsquo;un double discours, les grands principes d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, Le langage politique de l&rsquo;autre, et entre les deux rien, le n\u00e9ant des r\u00e9alisations cach\u00e9 par l&rsquo;accumulation des lois et r\u00e9glementations de toutes sortes.&nbsp;Nous sommes ici, vous comme moi, pour changer cet ordre des choses. Pour renouer avec ce courage fran\u00e7ais qui ne se laisse pas distraire par ceux qui, n\u2019ayant su aller nulle part, sont revenus de tout. Car, ne vous y trompez pas, les forces adverses continuent d&rsquo;\u00eatre puissantes, non pas tant au Parlement ou dans la rue que tout simplement dans les t\u00eates. En chacun de nous il y a un cynique qui sommeille. Et c&rsquo;est en chacun de nous qu&rsquo;il faut le faire taire, jour apr\u00e8s jour. Et cela se verra. Alors nous serons crus. Alors nous rendrons le service que le peuple fran\u00e7ais attend de nous. Alors nous resterons fid\u00e8les \u00e0 cette promesse de nos commencements, cette promesse que nous tiendrons parce qu&rsquo;elle est la plus grande, la plus belle qui soit: faire \u00e0 l&rsquo;homme, enfin, un pays digne de lui.<\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Emmanuel Macron a expos\u00e9&nbsp;ce lundi les grandes lignes de son quinquennat face au Congr\u00e8s, r\u00e9uni \u00e0 Versailles. Voici son discours tel que l&rsquo;Elys\u00e9e l&rsquo;a fourni En son article 18, la Constitution permet au Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique de prendre la parole devant le Parlement r\u00e9uni \u00e0 cet effet en congr\u00e8s. 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